Lancia
Lancia
Aurelia B24S Spider America
VIN : 1181
VIN : 1181
Présentation du légendaire B24S
Bon. Arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire. Posez votre tasse de thé, dites à votre patron que vous prenez une pause prolongée, voire définitive, et écoutez-moi. Il faut qu’on ait une discussion sérieuse sur l’état actuel de l’automobile et, surtout, sur ce que nous avons perdu.
Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où les voitures ne sont guère plus que des machines à laver électrifiées. Elles ont de gigantesques écrans tactiles à la place d’une âme et émettent des sons synthétisés par un programmeur informatique de la Silicon Valley. Tout cela est quelque peu déprimant. Mais si vous êtes à la recherche de la B24S, vous savez déjà qu’il existe un remède à cette misère moderne. Vous êtes sur le point d’entrer dans la cour des grands de l’automobile.
Nous revenons sur l’apogée absolue de l’âge d’or de Lancia en 1955. C’était une époque où les ingénieurs de Lancia n’étaient pas de simples mécaniciens ; c’étaient des artistes déjantés qui se souvenaient parfois d’ajouter un volant à leurs magnifiques sculptures. Nous parlons ici de la glorieuse B24S. Plus précisément, nous parlons de la championne incontestée des voitures romantiques : la légendaire Lancia B24 S Spider America.
Si vous appréciez le véritable design italien, ne manquez pas notre analyse approfondie de la Fiat 600 Rendez-Vous Vignale
Cette voiture n’est pas simplement un moyen de transport. C’est une véritable déclaration de style, de puissance et de cette folie italienne tout à fait géniale. La B24S est le genre de voiture qui vous donne envie d’enfiler une paire de lunettes de soleil Persol à monture écaille, de jeter nonchalamment un pull en cachemire sur vos épaules, et de rouler très, très vite le long de la côte amalfitaine tout en lançant des insultes théâtrales aux touristes. Elle est, tout simplement, magnifique.
Ce n’était pas simplement une Lancia de 1955 comme les autres ; c’était le modèle emblématique de l’après-guerre. Comme son nom l’indique, la Spider America visait clairement le marché américain en plein essor. Dans les années 50, les Américains voulaient du chrome, d’énormes ailerons arrière et des V8 paresseux. Lancia leur a proposé à la place une voiture de sport européenne agile, raffinée et à haut régime. Ironiquement, bon nombre des modèles B24S sont finalement restés en Europe, car les Européens ont immédiatement reconnu un chef-d’œuvre lorsqu’ils l’ont vu.
Le design raffiné de la Lancia B24 S
Il faut prendre un instant pour s’attarder sur la prestance physique de la Lancia B24 S Spider America. Lorsque Pininfarina a dessiné cette voiture, il n’a pas utilisé de lignes droites. Il n’y a pas un seul angle banal sur l’ensemble du véhicule.
On dirait qu’elle file à 160 km/h, même lorsqu’elle est garée devant un café à Portofino. La B24S se distingue par une ligne de ceinture incroyablement basse, qui lui confère une silhouette d’une élégance incroyable et donne l’impression qu’elle colle littéralement à la chaussée. Quand on prend place au volant d’une B24 S Spider America, on n’a pas l’impression d’être assis dans la voiture ; on a plutôt l’impression de la porter. C’est un costume italien sur mesure, fait d’acier et de cuir.
Et puis, il y a le bruit. Quand on fait vrombir ce V6 de 2,5 litres dans ce chef-d’œuvre qu’est la Lancia 1955, il ne rugit pas comme une muscle car brutale. Il chante. C’est une symphonie mécanique mêlant le bruit de l’admission et le grondement de l’échappement qui fait se hérisser les poils de la nuque. C’est enivrant.
Anecdotes et faits amusants sur le B24S
C’est là que l’histoire de la B24S prend une tournure véritablement dramatique. Vous pensez que l’exclusivité est l’apanage des hypercars modernes ? Vous croyez qu’une Ferrari en édition limitée est rare ? Je vous en prie. Lisez ces faits concernant la Lancia B24 S et versez une petite larme dans vos gants de conduite.
-
Le naufrage : Au cours de l’été 1956, le paquebot de luxe Andrea Doria est entré en collision avec le Stockholm au large des côtes brumeuses de Nantucket. Il a coulé au fond de l’océan Atlantique. Au fond de la cale se trouvait une cargaison de modèles B24S flambant neufs, tout juste sortis d’usine, destinés à de riches acheteurs américains. Cinquante de ces magnifiques voitures ont été perdues à jamais dans les profondeurs salées. Cette tragique catastrophe maritime a instantanément fait des modèles B24S qui ont survécu certaines des voitures les plus rares et les plus recherchées de la planète.
-
Le pare-brise panoramique : Observez attentivement le pare-brise d’une Lancia B24 S. Ce n’est pas simplement une simple vitre. C’est un pare-brise panoramique spectaculaire, enveloppant, qui semble avoir été directement emprunté à un avion de chasse. Il offre une visibilité inégalée et donne au conducteur l’allure d’un astronaute des années 1950.
-
Les poignées cachées : Regardez les portes. Remarquez-vous quelque chose qui manque ? Il n’y a pas de poignées extérieures. Pour ouvrir une B24S, il fallait passer la main à l’intérieur du panneau de porte pour actionner le loquet. Pourquoi ? Parce que placer une poignée de porte métallique peu élégante à l’extérieur aurait gâché la pureté aérodynamique, et Pinin Farina n’aurait tout simplement pas toléré une telle vulgarité.
-
Les pare-chocs en deux parties : au lieu d’une barre chromée massive et lourde, Pinin Farina a doté la B24S d’élégants pare-chocs avant en deux parties. Les passionnés les surnomment affectueusement « moustaches ». Cela donne à la Lancia B24 une expression qui semble dire : « Je vais te dépasser, et je vais être incroyablement beau en le faisant. »
-
Une star de cinéma : La gamme Lancia B24 (et plus particulièrement le modèle cabriolet de la dernière génération) a été immortalisée dans le légendaire road movie italien de 1962, *Il Sorpasso* (La Vie facile). Voir Vittorio Gassman foncer au volant de la Lancia à travers la campagne italienne a définitivement ancré cette voiture comme le symbole par excellence du boom économique italien et d’une joie insouciante et fougueuse.
Ne vous fiez pas à ces 118 chevaux. Avec un poids de seulement 1 050 kg, une boîte-ponton parfaitement équilibrée et la célèbre suspension avant à montants coulissants de Lancia, la Lancia B24 S Spider America se faufile avec aisance dans les virages. Elle ne domine pas la route de force ; elle la séduit.
Conclusion : L’héritage du B-24S
Au final, la B24 S Spider America est bien plus qu’un simple véhicule de collection. Elle incarne à la perfection un moment glorieux de l’histoire. Elle symbolise une époque où Lancia était le maître incontesté de l’ingénierie automobile d’avant-garde, et où Pinin Farina était le grand maître de la haute couture automobile.
La B24S est extrêmement rare. Elle coûte aujourd’hui une fortune, à supposer que l’on parvienne à convaincre un propriétaire de s’en séparer. Et elle est d’une beauté à couper le souffle. Si jamais vous avez l’immense privilège d’apercevoir une Lancia B24, ou plus précisément une authentique Lancia B24S Spider America de 1955, dans la rue, rendez-vous service : arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire et contentez-vous de l’admirer.
Car la triste réalité du monde moderne est la suivante : on ne fabrique tout simplement plus, et on ne fabriquera plus jamais, de voitures comme la B24S.
